vendredi 11 juin 2010

LA JEUNESSE AFRICAINE FACE A SON DESTIN


Au cours des cinquante dernières années, la quasi-totalité des pays du continent africain a pu accéder à l’indépendance et l’apartheid a été éliminé d’Afrique du Sud en 1991. Malgré cela, il faut reconnaitre que les progrès réalisés en Afrique, singulièrement en Afrique Noire, restent en deçà des attentes des peuples africains.
En dépit d’avancées démocratiques encore fragiles, l’accès des populations aux ressources reste limité et la pauvreté ne cesse de s’étendre contraignant des millions de jeunes africains à vivre dans des conditions très difficiles ou à émigrer privant ainsi le continent de leur savoir-faire. Or la population africaine ne cesse d’augmenter. En l’an 2000, elle dépassait déjà, avec 812 millions d’habitants (soit 13,4% de la population mondiale), celle de l’Europe (728 millions d’habitants). Depuis 2009, elle a dépassé le milliard. En 2050, l’Afrique pourrait compter 1, 937 milliards d’habitants soit près de 3 fois la population de l’Europe et 21,3 % de la population mondiale. Elle sera alors plus peuplée que l’Inde (1,593 milliards), et que la Chine (1,392 milliards).
La région, aujourd’hui la moins développée de la planète, deviendrait celle la plus peuplée du globe ce qui provoquerait de graves tensions si des solutions ne sont pas trouvées aux problèmes du sous développement du continent. Ajoutons à cela que depuis 2008, la majorité de la population mondiale vit dans les villes, pour la première fois, dans l’histoire de l’humanité. En Afrique et en Asie, les taux d’urbanisation devraient passer de 37,1 % en l’an 2000 à 53,5 et 54,5 respectivement en 2030. Cette extension du phénomène urbain au continent africain doit être une réelle préoccupation.
La crise financière qui a frappé les Etats Unis puis l’ensemble de la planète risque de se rallumer avec la crise de l’endettement allumée par la Grèce en Europe. La fragilité de l’économie mondiale n’a jamais été aussi évidente.
C’est vrai que l’Afrique largement à l’écart des grands flux financiers mondiaux, a globalement moins souffert de ces crises mais il faut noter l’impact négatif de la réduction des flux financiers venant des émigrés sur le niveau de vie des populations des zones de départ de même que la réduction de l’aide au développement.
Dans la morosité de la crise économique et financière internationale, l’Afrique dispose d’atouts considérables qui pourraient lui permettre de s’en sortir. Elle regorge de matières premières (30 % de ressources minérales de la planète) telles le coltan (80 % des réserves), le platine (90 %), le diamant (50 %), l’or (40 %), sans parler du pétrole, du gaz, du fer, du cuivre, de la bauxite et des phosphates qui sont abondants sur le continent et attisent toutes les convoitises.
Aujourd’hui, se basant sur l’expérience négative qu’elle a vécue depuis la conférence de Berlin (1885-1886), l’intérêt de l’Afrique n’est pas dans le bradage de ses ressources si précieuses, mais plutôt dans leur mise en valeur dans le cadre de stratégies de développement conçues d’abord pour le bien être des populations africaines.
La vigilance s’impose d’autant plus que l’appétit des partenaires de l’Afrique ne se limite plus aux seules matières premières. Les terres africaines et l’agriculture sont de plus en plus ciblées pour le développement de plantes génératrices d’énergie « verte » qui tendent à s’installer sur les terres les plus fertiles au détriment des cultures vivrières et l’introduction des organismes génétiquement modifiés (OGM) qui suscitent de vives controverses en Occident. La nouvelle ruée des pays émergents (Chine, Inde, Brésil notamment) et des firmes multinationales vers l’Afrique Noire ne doit pas déboucher sur une nouvelle colonisation économique qui serait une grave régression pour le continent.
La jeunesse africaine doit oser engager la bataille pour une « seconde indépendance » qui serait d’abord économique et financière. Les réductions et autres annulations de dettes, les stratégies « dites » de réduction de la pauvreté élaborées par le FMI, la Banque Mondiale et le PNUD ne peuvent que faire faillite à la suite des « programmes d’ajustement structurel » de triste mémoire.
Les règles du commerce mondial prônent, sous le contrôle de l’OMC, une politique d’ouverture de nos marchés qui est suicidaire pour nos pays. De même les privatisations et autres mesures de discipline budgétaire ne font que fragiliser toujours plus les gouvernements. Or ceux-ci doivent être la locomotive du développement économique et social de leurs pays et tourner définitivement le dos au viol répété des normes démocratiques qui leur ôte toute légitimité.
En Afrique les jeunes de moins de 15 ans représentent généralement 40 à 50 % de la population. Ils sont saisis par une vive inquiétude sur leur avenir. Le chômage et le sous emploi sont endémiques et les efforts réalisés pour leur scolarisation et leur formation sont insuffisants. Les écoles professionnelles restent souvent inadaptées et le secteur primaire (agriculture, élevage, pêche, artisanat rural) est négligé par les pouvoirs publics et souffre de sa faible compétitivité. Tels sont les grands défis qu’il faut relever pour préparer à la jeunesse des lendemains meilleurs.

C’est pourquoi outre les partis politiques et les syndicats, les organisations de la société civile et certains leaders religieux s’érigent en contre-pouvoirs pour redonner l’espoir à la jeunesse. Il est grand temps pour les forces de progrès de définir ensemble des propositions viables capables de rassembler la jeunesse et la nation toute entière autour d’objectifs communs clairs, crédibles et attractifs par de vastes débats sans exclusive.
Ainsi chaque pays africain pourra se doter d’un régime à la hauteur de ses aspirations et l’intégration africaine pourra enfin se concrétiser, sans ingérence de nos partenaires extérieurs et pour le bénéfice exclusif des populations africaines ouvrant ainsi la voie à une seconde et véritable indépendance.

Dakar, le 06 Juin 2010
Landing SAVANE
Secrétaire Général
And-Jëf/PADS

dimanche 16 mai 2010

POLITIQUE-FICTION : QUE PREPARE WADE ?



Nul ne doit se faire d’illusion sur la volonté de Abdoulaye WADE d’imposer à notre peuple son scénario de dévolution monarchique du pouvoir. Pour y arriver, Wade ne reculera devant rien. C’est pourquoi il faut analyser, de façon systématique, chacune de ses initiatives dans le prisme de ses intentions réelles bien qu’inavouées. L’utilisation répétée des aspirations des femmes par un homme qu’elles ont porté au pouvoir mérite d’être disséquée. Ainsi la promesse de nommer une femme vice-présidente de la république, a pu lui permettre de faire passer sa réforme constitutionnelle. Wade savait qu’aucun parti ne pourrait s’opposer à une telle initiative dès lors que les femmes auraient mordu à l’hameçon. Il en fut ainsi. Depuis lors, il a changé d’avis et il garde le poste créé bien au chaud pour quoi ? Pour qui ?
De plus en plus de voix autorisées nous annoncent que Wade ne sera pas candidat en 2012. Il doit donc installer son dauphin à un poste stratégique d’ici là et lui donner les moyens de se faire élire en février 2012.
Or l’Assemblée Nationale actuelle n’est pas acquise au projet de Wade. Elle regroupe trop de PDS authentiques et n’acceptera pas le coup d’état silencieux du père. Il semble donc urgent de changer l’Assemblée Nationale et le Sénat si possible pour assurer la promotion en masse des « concrétistes » et envoyer « les vieux » à la retraite.
A y regarder de près, la loi sur la parité pourrait être une pièce maitresse du plan de Wade pour faire porter son dauphin au pouvoir.
Il s’agirait ici, sous le prétexte d’appliquer immédiatement la loi sur la parité, de dissoudre l’Assemblée Nationale dans les prochains mois pour organiser des élections législatives anticipées qui auront le double avantage de permettre de se débarrasser de la vieille garde légitimiste du PDS tout en aggravant les divisions de l’opposition qui pourrait avoir des difficultés à se mettre d’accord sur une stratégie concertée.
Enfin, la loi sur la parité devrait aggraver les conflits dans les rangs de l’opposition et permettre au Président de faciliter la promotion des militants (singulièrement des femmes) de la Génération du Concret dans la liste de la coalition présidentielle. Abdoulaye Wade pourrait ainsi installer un nouveau parlement (Assemblée Nationale et Sénat) avec des Présidents et une majorité de concrétistes acquis à son funeste projet monarchique.
La victoire de ses partisans à ces législatives anticipées devrait lui permettre de mieux préparer l’élection présidentielle et d’assurer à son candidat une victoire confortable.
Ce plan machiavélique de politique-fiction mérite de retenir l’attention de l’opposition en général et de Benno Siggil Senegal en particulier. Le peuple sénégalais ne pardonnera pas à l’opposition de se faire surprendre par Abdoulaye Wade alors qu’elle dispose aujourd’hui d’une majorité incontestable dans le pays.
Si les législatives anticipées sont organisées, quelle serait la meilleure stratégie pour l’opposition ? Une liste unique ou un nombre limité de listes. Cela nous ramène, d’une certaine manière au débat sur la candidature de l’opposition à la présidentielle. Mais pour les législatives, on sait que c’est une élection à un tour. Il faudrait donc, en toute logique, que l’opposition accepte d’avoir une liste unique si elle veut battre Wade aux législatives et faire échec une nouvelle fois à son projet.
L’hypothèse d’élections législatives anticipées n’a pas tellement retenu l’attention de l’opposition jusqu’ici. Elle doit aujourd’hui être envisagée très sérieusement et une riposte appropriée doit être élaborée d’ores et déjà pour éviter d’improviser à la dernière minute.
L’opposition doit se préparer, dès maintenant, à ce scénario de façon à éviter l’effet de surprise qui serait le meilleur allié du Président Wade.
Dans tous les cas, la définition d’une stratégie commune pour les législatives aurait l’avantage, même si Wade renonce à les avancer, de préparer l’opposition à une entente plus facile au lendemain de l’élection présidentielle de 2012 qui, dans ce cas, ne précéderait les élections législatives que de quatre mois.
Quant aux femmes de l’opposition et à toutes les citoyennes, elles doivent comprendre que tous les « cadeaux » de Wade aux femmes, du début de son mandat à nos jours, sont et restent des cadeaux empoisonnés. Ils ne sont pas destinés à leur assurer une participation réelle et effective à la gestion des affaires du pays mais plutôt à se servir d’elles pour conforter son pouvoir personnel et imposer au peuple sénégalais ses projets politiques. C’est pourquoi, les femmes devront faire preuve d’une circonspection extrême et d’une conscience politique élevée pour éviter les pièges de ce « féminisme de façade ». Les femmes sénégalaises, plus que toutes les autres couches de la population, sont les véritables victimes des politiques de spoliation et de corruption d’Abdoulaye Wade et de la conjoncture économique morose profondément marquée par un chômage endémique des jeunes et un coût de la vie insupportable pour les ménages.

Dakar, Mai 2010
Landing SAVANE

jeudi 8 avril 2010

ALTERNANCE 2000 : deux leçons majeures pour 2012


Lorsqu’après les élections législatives de juin 1998, And-Jëf/PADS a analysé les résultats pour prendre la décision historique de proposer à Me Abdoulaye Wade d’être le candidat commun de l’opposition en février 2000, notre parti voulait surtout éviter à notre pays une crise politique grave après celles consécutives aux élections présidentielles de 1988 et 1993.
Nous pensions alors que, malgré nos différences de perception et nos divergences sur bien des questions, il serait possible de travailler ensemble et de réaliser un programme minimum de remise en état de notre pays et de son économie. C’est sur cette base que notre parti a entrepris de convaincre ceux qui allaient constituer avec nous le pôle de gauche et plus tard la CA 2000.
Après la mise en ballotage du Président Abdou Diouf au premier tour, Moustapha Niasse leader de l’AFP viendra constituer, avec la CA 2000, le FAL qui allait assurer la victoire historique de Me Wade au second tour sur son adversaire. Jamais victoire électorale ne fut aussi belle au Sénégal et tous les espoirs semblaient permis.
Me Abdoulaye Wade avait tenté de nous rassurer en affirmant qu’il se contenterait d’un seul mandat de transition pour assurer la transmission du pouvoir aux plus jeunes générations.
Malgré notre scepticisme, nous espérions que l’âge et la lucidité politique de l’homme l’aideraient, peut-être, à tenir ces engagements. Comme nous l’avons tous constaté, il n’en fut rien. Après son élection, les programmes retenus par le FAL et basés sur les accords de la CA 2000 furent gravement édulcorés avec l’indulgence et l’accord des partis alliés dont AJ/PADS.
Au moment de la constitution du premier gouvernement, les partis initiateurs du soutien à Wade (AJ/PADS, PIT, LD/MPT) négocièrent individuellement leur participation, fragilisant ainsi le bloc qu’ils ont constitué. Par la suite, utilisant cette attitude, Me Wade réussissait à diviser ses alliés de la coalition en privilégiant les relations bilatérales avec chacun d’eux plutôt qu’un dialogue pluri-partisan plus contraignant réussissant ainsi à les diviser et à se défaire d’eux, l’un après l’autre, sur divers prétextes.
La nouvelle constitution ne mit pas en place un régime parlementaire. Elle maintint pour l’essentiel le régime présidentiel. Le PIT eut raison de s’en démarquer.
Seul And-Jëf/PADS réussit au prix de concessions nombreuses et malgré diverses crises dans ses relations avec le président Wade à rester dans la coalition présidentielle pour respecter l’engagement pris devant nos compatriotes de rester à ses côtés pendant toute la durée du mandat présidentiel pour défendre les intérêts des populations dans un régime que nous avons pris, volontairement, la responsabilité de contribuer à installer à la tête du pays.
Ce furent sept années inédites d’expérience gouvernementale instructive à bien des égards mais que de couleuvres avalées ! Quant nous rappelâmes au président, en 2005, que le parti avait décidé depuis 1998 de ne pas soutenir sa candidature éventuelle pour 2007, les relations se dégradèrent entre lui et notre parti dans lequel il travailla à installer et à soutenir un groupe fractionniste.
La suite du complot ourdi dès cette époque, on la connait aujourd’hui. L’exclusion du groupe liquidateur en février 2009 a représenté pour le parti un grand combat qu’il fallait remporter pour ne pas périr. Heureusement le complot présidentiel a échoué lamentablement. Après des mois de lutte, le congrès de décembre 2009 allait consacrer la victoire et la pérennité de notre parti qui allait rejoindre le camp de l’opposition sénégalaise afin d’y poursuivre son combat de toujours pour la démocratie politique et le développement économique et social de notre pays.
Aux côtés de la gauche historique, (PIT, LD, RTAS, YAW et tout le pôle de gauche de 2000), des courants socialistes Senghorien (PS, AFP…) avec l’APR née des flancs du PDS, notre parti travaille avec l’ensemble des forces politiques et sociales membres de Benno Siggil Senegal et les parties prenantes aux Assises Nationales à écrire une nouvelle page de l’histoire politique de notre pays par la bataille pour une nouvelle alternance à la tête de notre pays.
Le Président Wade d’abord confiant dans sa popularité après sa victoire de février 2007 sait depuis la débâcle des élections locales du 22 mars 2009, que les temps ont changé et que l’heure de l’impopularité est venue. Cependant avec sa légendaire pugnacité, il continue de se battre pour imposer sa vision et son projet de dévolution monarchique du pouvoir à notre pays et à notre peuple.
L’opposition, elle, a cristallisé son énergie sur les problèmes du moment à savoir les modalités les meilleures pour battre Wade ou son candidat en 2012. Mais d’ores et déjà se pose la question du régime futur. Comment faire en sorte que le Président qui sera élu, tienne ses engagements et réalise enfin les réformes que les Assises Nationales et Benno Siggil Senegal ont promises aux sénégalais et aux sénégalaises ? Il faut d’abord que BSS exige de tous ses membres l’adoption formelle des conclusions des Assises Nationales comme programme minimum. Mais il faut surtout prendre les deux mesures essentielles suivantes :
1) Adoption et publication avant les élections d’un accord politique électoral, un programme de gouvernement et une constitution instaurant un régime parlementaire que tous les candidats et chefs de parti devront s’engager solennellement et publiquement à mettre en œuvre en cas de victoire.
2) Adoption d’une Charte de la coalition électorale assurant une coopération étroite et loyale des parties prenantes de l’alliance qui, au premier ou deuxième tour, portera le candidat commun au pouvoir pour éviter le piège de « diviser pour régner » qui a si bien réussi à Me Abdoulaye Wade.
Ces deux leçons fondamentales, l’opposition actuelle ne devra pas les oublier si elle veut être à la hauteur de la mission historique que le futur proche va lui confier, Inch Allah. Telle est, en tout cas, ma conviction profonde.

Landing Savané Secrétaire Général An-Jëf/PADS
Dakar, Avril 2010